Le suivi à vélo des zostères de l’étang de Berre

Cet article est un peu inhabituel, car il est publié dans les 2 blogs des associations dans lesquelles je suis investi : L’Étang Nouveau et les Vélos des Étangs.

Vélotaf des week-ends de printemps

Pour les lecteurs qui ne sont pas familiers du blog des Vélos de Étangs, le terme vélotaf désigne le fait d’aller au travail à vélo, pratique dont la promotion est l’un des objectifs de cette association. Le blog des Vélos des Étangs propose d’ailleurs une catégorie « témoignages » qui regroupe des articles dans lesquels des vélotafeurs racontent leur expérience.
Les 2 co-présidents et créateurs de l’association, Jean-Luc Hanrard ou moi-même, n’apparaissont pas encore dans cette catégorie, qui aurait pourtant pu nous permettre de nous présenter. Jean-Luc est jeune retraité, mais il est allé pendant 30 ans à vélo à son travail de maintenance au GPMM, dans la zone industrielle de Fos/mer, ce qui impose le respect et méritera un « témoignage » dans un avenir proche.
Mon cas est différent, je suis un vélotafeur en activité (!) professeur de lycée professionnel (qui parfois doit affronter l’incompréhension de ses élèves : « vous venez en vélo? Vous n’avez pas de voiture? ») mais la proximité entre le lycée et mon domicile ne force pas le respect et me poussait à m’abstenir sur ce point.
Par contre une activité régulière à laquelle on se rend à vélo peut être assimilée à du vélotaf et le regard de mes voisins en me voyant partir, finalement assez souvent le printemps venu, à vélo équipé d’un coupe-branche téléscopique pour suivre les zostères m’a convaincu de l’utilité du présent article.

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Les zostères comme indicateur de qualité biologique de l’étang de Berre.

Pour ceux qui ne sont pas familiers du blog de L’Etang Nouveau, les zostères sont des plantes à fleurs sous-marines, qui peuplaient l’essentiel (6000 ha sur 15500) du fond de l’étang de Berre au début du XXème siècle (voir cet article). Il y a 2 sortes de zostères, les zostères naines (Zostera noltii) et les zostères marines (Zostera marina).  Elles ont régressé avec l’arrivée de la pétrochimie (fin des années 1920) puis des rejets EDF (1966). Au début des années 2000, il ne restait plus de zostères marines et seulement quelques foyers de zostères naines. De l’avis général, leur retour signifierait une nette amélioration de l’écologie de l’étang. Mais ce retour fait débat.

Les moules, un autre indicateur de qualité même s’il n’est pas absolu, sont largement revenues. Leur retour fait moins débat (sauf dans les strates les plus profondes de l’étang). Le retour discuté d’autres espèces (par ex les oursins, dont certains plongeurs nous ont convaincu avoir vu quelques spécimens) serait aussi un indicateur d’amélioration.

L’opposition entre le GIPREB et L’Étang Nouveau et la limitation des débits EDF de 2005

Le GIPREB est l’organisme officiel qui suit l’étang de Berre. Son acronyme signifie Gestion Intégrée Prospective et Restauration de l’Etang de Berre. C’était un GIP (Groupement d’Intérêt Public) créé en 2000 et devenu récemment syndicat mixte.
L’association L’Etang Nouveau n’avait au début des années 1990 pas de mauvais rapports avec son futur président M. Andréoni. La dissension s’est faite sur la solution qu’il a présenté comme inévitable (la dérivation des rejets EDF jusqu’au Rhône ou à la mer) au point qu’il a refusé que L’Etang Nouveau entre au GIPREB lors de sa création. Cette histoire est racontée dans 2 articles (ici et ) qui sont sont les plus violents du blog de L’Étang Nouveau.
Pour limiter les rejets EDF dans l’étang de Berre, la solution de la dérivation des rejets EDF vers le Rhône, coûteuse et lointaine, s’est opposée dès le début à une autre solution, immédiate et sans investissement (mais qui limitait la production EDF) : la réduction des rejets dans l’étang par augmentation des rejets en Durance au niveau de Mallemort.
C’est pourtant cette seconde solution qui a été appliquée en 2005 (suite à une action juridique lancée par des pêcheurs, action soutenue par l’association L’Etang Nouveau), contre l’avis du GIPREB. L’amélioration de l’écologie de l’étang de Berre suite à la réduction de 2005 signifierait l’inutilité de la dérivation, et au contraire un discours promouvant la dérivation (qui reste le crédo du GIPREB et de certaines associations) aura tendance à éviter de voir les éventuelles améliorations écologiques depuis 2005.

Les herbiers reliques et les plantations de 2009

La carte ci-dessous indique la situation actuelle à notre connaissance:

herbiers zostères fin 2014

Les herbiers de la pointe de Berre (assez gros) et de l’embouchure de l’Arc sont les herbiers considérés comme seuls reliques par le GIPREB en 2009. A cette date, cet organisme a tenté des plantations de zostères, mais a décrété une bonne partie de ces plantations mortes 2 ans plus tard. La découverte en 2013 par L’Étang Nouveau de l’herbier planté à Saint-Chamas, plutôt en bonne forme pour un mort, nous a fait nous pencher sérieusement sur le problème (voir ici).

Ainsi depuis 2 ans il y a eu un certain nombre d’articles sur les zostères sur le blog de l’Etang Nouveau (voir ici), ainsi qu’un certain nombre de vidéos sur Youtube (voir ici). Nous invitons ceux qui découvrent le sujet à les consulter.

Le présent article se penche plutôt sur les moyens.

Quels moyens pour suivre les herbiers de zostères?

En 2014, comme cinq plus tôt en 2009, le GIPREB a passé une commande pour une campagne de photographies aériennes de l’essentiel de l’étang de Berre, dans le but avoué de faire le point sur les herbiers de zostères. Nous avions des doutes sur la pertinence de cette méthode : il faut qu’il n’y ait pas de vent (même de petites vaguelettes renvoient les rayons du soleil), que le soleil soit haut, et surtout que l’eau soit claire (agir tôt dans l’année et suffisamment après un turbinage EDF ou un orage). Une société extérieure aura du mal à se viser les jours présentant ces conditions. Il est vraisemblable qu’une grosse partie des photos ne soient pas exploitables, et dans le cas où on distingue des tâches, rien ne ressemble plus à un herbiers de zostères qu’une moulière ou qu’un « herbier » d’algues gracilaires. Il faudra de toutes façon plonger pour vérifier.

De même l’utilisation d’un drône est sans doute un peu lourde, sauf pour les herbiers connus et déjà grands (il n’y en a que deux à notre connaissance: l’herbier de Vitrolles/Vaïne et celui de la centrale EDF)

Les autres herbiers sont encore petits et peuvent être atteint à pied. Il est finalement facile avec peu de moyen de prendre des photos « aériennes » avec le petit matériel suivant, qu’on peut facilement transporter à vélo:

IMG_5021On distingue sur la photo ci-dessus:

  • le vélo (un VTT est indispensable pour atteindre l’herbier de Figuerolles où est prise la photo, un vélo « normal » peut permettre d’atteindre les autres)
  • masque, palmes, tuba, combinaison « shorty » plus cagoule (pour rester un peu plus longtemps en avril)
  • appareil photo avec boîtier étanche (type Ikelite entrée de gamme), pour les photos sous-marines
  • un coupe-branche téléscopique avec pince orientable (type Fiskars UP86) sur lequel on aura bricolé (voir les 2 photos ci-dessous) le support de l’appareil photo (le même que dans le boitier), et un bâton de 1m peint, pour les photos « aériennes » (6 m de haut).

Le coupe-branche téléscopique tient contre le cadre du vélo avec des bandes velcro (voir 1ère photo de l’article), tout le reste tient dans un sac à dos.

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J’habite Istres, et j’insiste pour dire que le vélo est le moyen le plus simple pour moi de suivre les herbiers du Ranquet (point vert de la côte est de l’étang) et de Figuerolles (point jaune de la côte est). Pour les autres je prends la voiture mais le but de cet article est de montrer aux autres adhérents (ceux de Sant-Chamas par ex…) qu’ils peuvent facilement (et scientifiquement) suivre leurs herbiers sans y mettre des moyens énormes…

Les résultats sur les herbiers du Ranquet et de Figuerolles

Même si le but de l’article était de présenter comment je travaille (à vélo!), autant prouver que ça marche…

Pour le Ranquet je n’ai même plus besoin du coupe-branche télescopique après avoir trouvé un magnifique point haut d’où je vais pouvoir suivre la plupart des herbiers (seul l’herbier que j’appelle E n’est pas visible de ce point):

herbiers ranquet avril 2015Pour Figuerolles, là j’ai besoin de patauger au pied de l’herbier et d’utiliser le manche télescopique (il y a 2 herbiers, 1 de 3m de diamètre et 1 de 1m):

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Conclusion

Pour les Vélos des Etangs:

  • utiliser un vélo oblige à se limiter en matériel (je ne prend pas de ceinture de plomb, qui est inutile pour suivre les zostères mais utile si je souhaite aller plus au large et plonger plus profond…), mais on peut quand même transporter beaucoup de choses avec un vélo. Ceux qui sont allés aux Pays-Bas le savent, mais pas forcément les autres…
  • et le vélo permet d’aller facilement et finalement rapidement à des endroits parfois peu accessibles comme l’est le nord de Figuerolles (je ne serais pas surpris d’y être allé plus souvent que le GIPREB, qui c’est vrai partirait de Berre l’Étang)

Pour L’Étang Nouveau:

Sur la méthode,

  • les herbiers ne peuvent être découverts qu’en plongée, et le mieux est de récupérer les infos des chasseurs sous-marins ou des pêcheurs, ce que d’ailleurs le GIPREB avait lui-même essayé de faire l’an dernier (nous avions envoyé nos données).
  • A priori, hormis Vaïne et la centrale EDF et éventuellement la pointe de Berre, il n’y a que des herbiers de taille encore modeste (mais en croissance à mon avis sur la plupart des sites).
    Pour suivre ces petits herbiers et voir s’ils grandissent ou non, le matériel décrit dans cet article suffit et il est d’un montant raisonnable (et rappelons-le encore transportable à vélo!). Il « suffit » ensuite de ne pas rater les beaux jours d’avril/mai pour prendre ces photos, surtout pour le nord de l’étang (St Chamas…) qui devient trouble par développement planctonique souvent dès juin…

Sur les herbiers eux-mêmes:

Les herbiers présentent des faciès très différents:

  • le grand herbier de la centrale EDF (vues partielles sur Youtube: ici et ici) est très épars, mais il est soumis en janvier-février à des douches d’eau douce et glacée (les turbinages EDF) qui en sont sans doute la cause. La manière de suivre cet herbier nous pose encore question (drône?) mais il est très spécifique
  • les petits herbiers de Figuerolles sont denses mais semblent avoir du mal à grandir et présentent un profil en « motte » (comme les moulières d’ailleurs), les courants des jour de mistral, qui chassent sable et autres sédiments, en sont peut-être la cause.
  • Les herbiers du Ranquet, de Saint-Chamas ou de Vaïne poussent dans des fonds plus meubles et présentent des faciès similaires (dont la seconde photo ci-dessous, prise au Ranquet -herbier E- me paraît significative), ils semblent se développer assez bien, mais c’est ce qu’il faudrait prouver de manière indiscutable, d’où cet article pour motiver ceux qui habitent près des herbiers qui sont un peu loin d’Istres, mais proches de chez eux en un coup de vélo (et un appel répété aux chasseurs-sous-marins pour en repérer de nouveaux!!)…

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